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Guides 11 min de lecturePublié le

Accessibilité d'une boutique en ligne : ce qu'impose l'EAA

L'European Accessibility Act vise les boutiques en ligne depuis le 28 juin 2025 : qui est concerné, quoi vérifier (WCAG 2.2), comment agir sur Shopify.

Sommaire7 parties
  1. Ce que dit la loi, et depuis quand
  2. Ce que « accessible » veut dire, concrètement
  3. Les points à vérifier, gabarit par gabarit
  4. Comment le traiter sur Shopify
  5. La méthode, de l'audit à la déclaration
  6. Questions fréquentes
  7. Pour aller plus loin

Depuis le 28 juin 2025, une boutique en ligne qui vend à des particuliers doit être utilisable par les personnes handicapées. L'obligation vient de l'European Accessibility Act, transposé en droit français, et elle porte sur tout le parcours : navigation, fiches produits, panier, paiement. Ce guide explique qui est concerné, ce qu'il faut vérifier et comment le traiter sur Shopify.

L'essentiel

  • Le commerce électronique fait partie des services visés par la directive (UE) 2019/882, applicable en France aux services fournis après le 28 juin 2025.

  • Les microentreprises qui fournissent des services en sont exemptées : moins de 10 personnes, et un chiffre d'affaires ou un total de bilan annuel qui n'excède pas 2 millions d'euros.

  • La référence technique est le niveau AA des WCAG, aujourd'hui en version 2.2, que le référentiel français RGAA décline en critères testables.

  • Un thème Shopify bien noté ne suffit pas : les apps, les contenus saisis et les personnalisations font souvent échouer les tests.

  • La conformité se démontre : il faut publier des informations sur l'accessibilité du service et les tenir à jour.

Résumer avec ChatGPT Claude Perplexity

Ce que dit la loi, et depuis quand

Une directive européenne, transposée en 2023

L'European Accessibility Act est la directive (UE) 2019/882 du 17 avril 2019. Elle fixe des exigences d'accessibilité communes pour une liste de produits et de services, parmi lesquels les ordinateurs, les terminaux de paiement, les livres numériques, les services bancaires et le commerce électronique.

En France, elle a été transposée par la loi n° 2023-171 du 9 mars 2023, qui a créé l'article L. 412-13 du Code de la consommation, puis précisée par le décret n° 2023-931 et un arrêté du 9 octobre 2023. Le Code indique que ces dispositions s'appliquent aux produits mis sur le marché et aux services fournis après le 28 juin 2025.

Le commerce électronique est explicitement visé

La directive définit les services de commerce électronique comme des services fournis à distance, par voie électronique, au moyen de sites et d'applications mobiles, à la demande d'un consommateur et en vue de conclure un contrat avec lui (article 3 de la directive). Une boutique Shopify qui vend à des particuliers entre exactement dans cette définition. L'obligation porte sur le service dans son ensemble : la recherche d'un produit, le choix d'une variante, le panier, la création de compte, le paiement, les e-mails transactionnels et le service client en ligne.

La définition vise le contrat conclu avec un consommateur. Une boutique réservée aux professionnels se situe donc dans une zone différente, mais la frontière n'est pas toujours nette (un catalogue ouvert à tous avec des prix professionnels, par exemple). Faites valider votre situation par un juriste plutôt que de supposer que vous êtes hors champ.

Qui est exempté

La directive exempte des exigences les microentreprises qui fournissent des services (article 4, paragraphe 5). Elle définit la microentreprise comme une entreprise qui occupe moins de 10 personnes et dont le chiffre d'affaires annuel ou le total du bilan annuel n'excède pas 2 millions d'euros (article 3). Les deux conditions sont cumulatives : dix salariés suffisent à sortir de l'exemption, même avec un petit chiffre d'affaires.

La directive prévoit aussi une dérogation lorsque les exigences imposeraient une charge disproportionnée ou une modification fondamentale du service (article 14). Elle n'est pas automatique : elle suppose une évaluation écrite, et elle ne couvre que la partie du service concernée.

Ce qui se passe devant les tribunaux

Les premières décisions sont tombées en 2026, et elles ne vont pas toutes dans le même sens. À Lille, le 5 mai 2026, le juge des référés a rejeté la demande de deux associations contre Auchan e-commerce France, au motif que l'entité ne dépassait pas un seuil de chiffre d'affaires de 250 millions d'euros, tout en relevant l'ampleur des défauts du site (Handicap.fr, 7 mai 2026). À Caen, le 4 juin 2026, Carrefour France a été enjoint de rendre son site et son application pleinement accessibles dans un délai de six mois, sous astreinte. Le juge a écarté l'argument d'un taux de conformité de 71 % au RGAA : chaque critère applicable doit être respecté (Handicap.fr, 15 juin 2026).

Ces ordonnances de référé ne fixent pas la jurisprudence, et les textes applicables font encore débat. Une chose est claire en revanche : un site partiellement accessible ne protège pas.

Une paire de lunettes à monture blanche et branches bleues, posée pliée sur une carte blanche vierge.

Ce que « accessible » veut dire, concrètement

Les WCAG, et leur déclinaison française

La référence internationale est le jeu de règles du W3C, les Web Content Accessibility Guidelines. La version 2.2 est devenue une recommandation du W3C le 5 octobre 2023. Ses critères sont classés en trois niveaux, A, AA et AAA. Le niveau AA est la cible habituelle des textes réglementaires.

En France, le Référentiel général d'amélioration de l'accessibilité (RGAA) traduit ces règles en critères et en tests. La version en vigueur est la 4.1.2, et l'administration indique qu'une version 5 est en cours de rédaction, avec une publication prévue fin 2026. C'est le RGAA que le juge de Caen a utilisé pour apprécier le site de Carrefour.

Ce que les WCAG 2.2 ont ajouté, et où cela casse sur une boutique

Le W3C liste neuf nouveaux critères par rapport à la version 2.1. Six d'entre eux relèvent des niveaux A ou AA, et presque tous touchent un composant courant d'une boutique.

Critère (niveau)

Ce qu'il demande

Où il échoue souvent

2.4.11 Focus non masqué (AA)

L'élément qui a le focus clavier n'est pas entièrement caché

En-tête collant, bandeau cookies ou barre d'ajout au panier fixe qui recouvre le lien actif

2.5.7 Mouvements de glissement (AA)

Toute action par glisser a une alternative par simple clic

Curseur de prix dans les filtres, carrousel qu'on ne fait défiler qu'au doigt

2.5.8 Taille de la cible (AA)

Les cibles mesurent au moins 24 × 24 pixels CSS, ou sont assez espacées (détail)

Pastilles de couleur, boutons + et − de quantité, croix de fermeture du panier

3.2.6 Aide cohérente (A)

Le moyen d'obtenir de l'aide se trouve au même endroit sur chaque page

Lien de contact ou bulle de discussion qui change de place selon le gabarit

3.3.7 Saisie redondante (A)

On ne redemande pas une information déjà donnée dans le même parcours

Adresse de facturation à ressaisir alors qu'elle est identique à la livraison

3.3.8 Authentification accessible (AA)

Pas de test cognitif pour se connecter, ou une alternative

Captcha à déchiffrer, copier-coller du code de connexion bloqué

Les critères plus anciens restent la majorité des échecs : textes alternatifs absents, contrastes trop faibles, formulaires sans étiquette, composants inaccessibles au clavier.

Les points à vérifier, gabarit par gabarit

Une boutique est faite de quelques gabarits répétés des centaines de fois. C'est une bonne nouvelle : un défaut corrigé dans la fiche produit est corrigé sur tout le catalogue.

En-tête et navigation

Tout le menu doit fonctionner au clavier, sous-menus compris. Le focus doit rester visible à chaque étape, et l'ordre de tabulation doit suivre l'ordre du document. Un lien d'évitement, en tout début de page, permet d'aller directement au contenu sans traverser cinquante liens de menu. Sur mobile, le bouton du menu doit annoncer son état ouvert ou fermé.

Pages de collection et filtres

Les filtres sont des formulaires : chaque case porte une étiquette, chaque groupe un intitulé. Quand la liste se met à jour sans recharger la page, le nombre de résultats doit être annoncé aux lecteurs d'écran par une zone de statut. Le curseur de prix doit être doublé de deux champs numériques. Dans la grille, chaque carte produit gagne à n'avoir qu'un seul lien, plutôt qu'une image et un titre qui mènent séparément à la même page.

Fiche produit

L'image principale et la galerie ont un texte alternatif qui décrit ce qu'on voit. Shopify permet de le saisir depuis l'admin, sur chaque image produit. Une couleur ne s'exprime jamais par la seule pastille : le nom de la teinte doit être lisible et annoncé. Quand le choix d'une variante change le prix, la disponibilité ou l'image, ce changement doit être perceptible sans la vue. Un prix barré doit être lu comme tel, avec la mention de l'ancien et du nouveau prix, et pas comme deux nombres à la suite.

Panier latéral et fenêtres

Un panier qui s'ouvre par-dessus la page est une fenêtre modale. À l'ouverture, le focus va dans le panier. Tant qu'il est ouvert, la tabulation y reste. La touche Échap le ferme, et le focus revient sur le bouton qui l'a ouvert. Les mêmes règles valent pour la recherche rapide, le guide des tailles et les fenêtres de newsletter.

Formulaires et paiement

Chaque champ a une étiquette visible, les erreurs sont décrites en texte et rattachées au champ, et les champs d'adresse portent l'attribut d'autocomplétion adapté, qui permet au navigateur de les remplir. Le tunnel de paiement de Shopify est servi par la plateforme : vous n'en maîtrisez pas le code, et ses personnalisations passent par des extensions dédiées. Testez-le quand même, avec vos extensions, vos moyens de paiement et vos champs ajoutés.

Contenus et médias

Le texte courant doit offrir un contraste d'au moins 4,5:1 avec son fond (critère 1.4.3), les grands textes, icônes et bordures de champs au moins 3:1. Les vidéos ont des sous-titres, les carrousels qui défilent seuls ont un bouton pause, et les guides des tailles ne sont pas fournis uniquement en image ou en PDF non balisé.

Comment le traiter sur Shopify

Ce que votre thème garantit, et ce qu'il ne garantit pas

Shopify impose aux thèmes de son Theme Store un socle d'accessibilité. Ses exigences demandent une note d'accessibilité Lighthouse moyenne d'au moins 90 sur l'accueil, les collections et les fiches produits, un accès clavier à toute la page, un focus visible, un ordre de focus conforme à l'ordre du document, et des contrastes de 4,5:1 pour le texte courant et de 3:1 pour les grands textes et les éléments graphiques.

C'est un bon point de départ, pas une preuve de conformité. Les tests sont réalisés sur une boutique de démonstration, avec des contenus maîtrisés. Shopify le dit lui-même dans sa documentation : suivre ses bonnes pratiques d'accessibilité ne garantit pas qu'un thème soit entièrement accessible. Un outil automatique comme Lighthouse ne repère qu'une partie des défauts : il voit qu'une image n'a pas de texte alternatif, pas que ce texte est absurde.

Les apps, l'angle mort habituel

Chaque app qui affiche quelque chose sur la boutique ajoute du code que vous ne contrôlez pas : widget d'avis, fenêtre d'inscription, bulle de discussion, bandeau cookies, recommandations de produits. Ce sont souvent elles qui piègent le focus clavier ou recouvrent le contenu. Intégrez-les à vos tests, demandez à leurs éditeurs ce qu'ils déclarent en matière d'accessibilité, et retirez celles qui ne passent pas.

Les surcouches d'accessibilité

Des widgets promettent de rendre un site conforme en ajoutant un script et un bouton flottant. Ils ne corrigent pas le code du thème, et de nombreux professionnels de l'accessibilité s'en sont publiquement désolidarisés dans l'Overlay Fact Sheet. Face à une exigence de respect de chaque critère, comme celle retenue à Caen, une surcouche ne remplace pas la correction des gabarits.

Le contenu saisi par l'équipe

La moitié de l'accessibilité se joue dans l'admin, pas dans le code : textes alternatifs, titres hiérarchisés dans les descriptions, liens explicites (« Voir le guide des tailles » plutôt que « cliquez ici »), tableaux de composition en vrai tableau plutôt qu'en image. Une page de consignes courte, remise à chaque personne qui publie des produits, évite de voir revenir les mêmes défauts à chaque collection.

La méthode, de l'audit à la déclaration

1. Choisir un échantillon représentatif

Listez un exemplaire de chaque gabarit : accueil, collection, fiche produit (une par type de produit si les gabarits diffèrent), recherche, panier, compte client, contact, pages légales, et chaque étape du paiement. Ajoutez les parcours complets : trouver un produit, choisir une variante, l'ajouter au panier, payer.

2. Tester, d'abord avec des outils, puis à la main

Les outils automatiques dégrossissent. Viennent ensuite les tests qui comptent : parcourir chaque page au seul clavier, l'écouter avec un lecteur d'écran (VoiceOver sur Mac et iPhone, NVDA sous Windows), zoomer à 200 %, réduire la fenêtre à 320 pixels de large et vérifier que rien ne se chevauche. Un audit RGAA complet suit une méthode publiée sur le site du référentiel.

3. Corriger par composant

Classez les défauts par composant, pas par page. Le bouton de quantité, la carte produit, le panier latéral, le filtre : chaque correction se fait une fois, dans le thème, et se propage. Commencez par ce qui bloque un achat, puis par ce qui le complique.

4. Documenter et publier

Le Code de la consommation demande au prestataire de service d'établir des informations expliquant comment son service respecte les exigences, de les rendre accessibles au public, par écrit et oralement, et de les conserver tant que le service est disponible (article D. 412-57). Le site du RGAA fournit un exemple de déclaration d'accessibilité dont vous pouvez vous inspirer. Indiquez un moyen de contact pour signaler un problème, et répondez-y.

5. Tenir dans la durée

Le même article demande des procédures pour que le service reste conforme quand il évolue. Concrètement : chaque nouvelle app, chaque nouvelle section, chaque refonte de gabarit passe par les mêmes tests avant la mise en ligne. L'accessibilité se perd beaucoup plus vite qu'elle ne se gagne.

Questions fréquentes

Ma boutique est-elle concernée si je vends uniquement à des professionnels ?

La directive définit le commerce électronique visé comme un service fourni à la demande d'un consommateur, en vue de conclure un contrat avec lui. Une boutique strictement réservée aux professionnels, avec comptes validés, se situe donc dans une autre configuration. Si votre catalogue est ouvert à tous ou si des particuliers peuvent commander, vous êtes probablement concerné. Faites trancher la question par un juriste à partir de votre modèle réel.

Je suis une petite entreprise : suis-je exemptée ?

Les microentreprises qui fournissent des services sont exemptées. La directive les définit comme les entreprises de moins de 10 personnes dont le chiffre d'affaires ou le total de bilan annuel n'excède pas 2 millions d'euros. Les deux conditions doivent être réunies. Même exemptée, une boutique accessible reste plus simple à utiliser pour tout le monde, et l'exemption tombe dès que l'entreprise grandit.

Un score Lighthouse de 100 en accessibilité suffit-il ?

Non. Lighthouse vérifie automatiquement une partie des règles, comme la présence d'un texte alternatif ou d'une étiquette de champ. Il ne sait pas juger si ce texte est pertinent, si l'ordre de lecture a du sens ou si le panier piège le clavier. Un bon score est un préalable, la conformité se vérifie à la main, critère par critère.

Un widget d'accessibilité rend-il ma boutique conforme ?

Non. Ces surcouches ajoutent des réglages d'affichage par-dessus la page, mais elles ne corrigent pas le code des composants, qui est ce que vérifient les audits. De nombreux experts de l'accessibilité les déconseillent publiquement. Le budget est mieux employé à corriger les gabarits du thème.

Mon thème Shopify est-il conforme ?

Un thème du Theme Store respecte un socle d'exigences d'accessibilité fixé par Shopify, testé sur une boutique de démonstration. Votre boutique réelle ajoute des contenus, des apps et des personnalisations qui peuvent créer des défauts. Seul un audit de votre boutique, avec vos contenus et vos apps, permet de répondre.

Pour aller plus loin

L'accessibilité se traite le mieux au moment où l'on dessine les composants, pas une fois la boutique en ligne. C'est l'une des exigences de notre design UX/UI Shopify, et un chantier que nous intégrons à chaque refonte de boutique Shopify. Les composants les plus sensibles, sur mobile, sont aussi ceux que nous détaillons dans notre article sur l'UX mobile en e-commerce. Pour un audit de votre boutique, écrivez-nous.

Écrit par

Ylan ColsonFondateur de Lyvora

Ylan Colson a fondé Lyvora à Paris en 2024. Le studio conçoit et développe des sites vitrines et e‑commerce sur‑mesure, sur Shopify et sur Webcosa.

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